Sur l’autoroute de l’indépendance… avec Sidney Lumet et River Phoenix

Sorti en 1988 et réalisé par Sidney Lumet (12 hommes en colère, Dog Day Afternoon, Serpico, Le crime de l’Orient Express, etc…), Running on empty (À bout de course en français) semble d’abord raconter une histoire de fuite, l’histoire d’une famille en cavale. Mais en réalité, le film s’apparenterait davantage à un coming of age de facture assez classique, mais faisant quelques pas de côté. C’est un film qui retrace la transition de l’adolescence à l’âge adulte de son personnage principal, Danny, interprété par River Phoenix, un adolescent suivant, depuis qu’il a 2 ans, sa famille en cavale. Elle est, en effet, recherchée par le FBI suite à un incident provoqué par ses parents alors activistes dans un mouvement militant opposé à la guerre de Vietnam. Toute sa vie Danny n’a cessé de changer de nom, d’identité et donc de vie. Il va, cependant, réussir à s’émanciper de cette vie, notamment grâce à la musique et son don pour le piano, mais aussi grâce à Lorna, une jeune fille dont il tombe amoureux.
La première chose qui est notable dans ce film, c’est sa captation des paysages. Ce qui n’est pas franchement étonnant car il s’inscrit aussi dans le genre du road movie, et plus précisément du film de cavale, souvent associé à la figure du gangster. Initié par Bonnie and Clyde d’Arthur Penn (1967), le film de cavale a pour but de nous faire voyager avec les personnages, en nous faisant suivre leurs trajets, souvent semé d’embûches. Ici, les différents plans qui représentent les paysages marquent les changements d’univers entre les différentes vies de Danny. Dans les premières scènes, avant que la famille ne déménage à nouveau, Danny est entouré par des paysages plutôt ruraux où la végétation est très présente. Le paysage s’urbanise dans un 2nd temps, mais la présence de la nature reste cependant très marquée dans les scènes avec Lorna. La nature devient alors un refuge où Danny n’a plus besoin de se cacher derrière une fausse identité.
Une chose qui est bien mise en avant dans ce film ce sont les liens de famille. On peut observer 3 modèles de familles complètement différents les uns des autres. La famille la moins présente est la famille de Lorna, une famille représentée comme une famille plutôt bourgeoise où la musique occupe une place importante. En effet, le père (par ailleurs, professeur de Danny) et le fils aîné sont tous les deux musiciens. On remarque alors des tensions entre Lorna et son père, Lorna se rebellant (attitude classique dans un teen movie depuis Rebel without a cause de Nicholas Ray) car ne partageant pas forcément cette pratique de la musique. La 2ème famille est celle de madame Pope, la maman de Danny, famille new-yorkaise très bourgeoise et très cultivée qu’Annie Pope a complètement rejetée en raison de ses idéaux politiques. Elle partage, néanmoins avec sa mère et avec Danny donc, une passion pour le piano, mais a choisi Arthur et la voie du militantisme. C’est une famille brisée par les choix de la fille, mais à qui est offerte une mince chance de reconstruction si Danny confirme d’aller étudier la musique à Juilliard. Et, pour finir, la famille Pope. On peu voir, au travers de leurs interactions que, malgré leur situation, et une vie quotidienne quelque mouvementée, les membres de la famille Pope s’aiment profondément. Cela n’empêche pas certaines tensions, la plupart du temps suscitées au sein du couple par la question de l’avenir de Danny.
Mais, au final, ce que la famille finit par chercher à tout prix c’est le bonheur des uns et des autres. On pourrait donc conclure en disant que tous les personnages de ce film sont profondément attachants malgré des relations parfois complexes…à l’image du film entier, qui, malgré, les enjeux importants et parfois dramatiques, fait beaucoup de bien aux spectateurs grâce à une aussi belle fin.
Louise Gicquel-Moyon, 1Touya

