Ciné-débat dans le cadre des Journées citoyennes

Parmi les nombreux rendez-vous des Journées citoyennes organisées chaque année au Lycée Mariette, la traditionnelle projection-débat autour d’un film qui évoque les questions de mémoire et/ou du vivre ensemble. Au programme cette année, Marco, l’énigme d’une vie, film réalisé par de Aitor Arregui et Jon Garano. La projection associait des professeurs d’histoire et d’espagnol. Tahinna, élève de Terminale HGGSP et CAV nous livre, quant à elle, son regard sur le film.

Marco, l’énigme d’une vie : le film, présenté au festival de Venise, est sorti sur les écrans français en 2025

Pierre Nora, historien français, a justement affirmé : « La mémoire, c’est la vie, toujours portée par des groupes vivants, elle est en évolution permanente, vulnérable à toutes les utilisations et manipulations ». Cette citation m’a particulièrement percuté suite à la projection du long métrage Marco, l’énigme d’une vie ou de son titre original Marco, la verdad inventada, réalisé par Jon Garaño et Aitor Arregi Galdos et sorti en 2024, évoquant la vie de l’imposteur barcelonais Enric Marco. Le film, tout en restant dans le style de la biographie, questionne la façon dont la mémoire se construit et se transmet, montrant ainsi que la vérité dite historique peut être déjouée par la subjectivité et le récit personnel de chacun. Il illustre aussi comment la mémoire peut être fragmentée et manipulée.

Suite à sa projection dans le cadre des journées citoyennes, j’ai éprouvé un mélange d’intérêt, mais toutefois une sorte d’éloignement. Le metteur en scène opte pour une biographie non linéaire à travers une chronologie qu’on pourrait qualifier d’indépendante qui illustre elle-même l’idée d’une mémoire éclatée, où l’existence de Marco ne peut être comprise que par fragments, qu’on retrouve à travers sa façon de choisir et réécrire certains passages de sa vie.

Marco demeure lui-même une figure mystérieuse. D’après ses propres mots, toutes ses actions avaient pour but de garder vivante la mémoire de toutes les victimes de la barbarie nazie. On découvre un homme capable d’actions surprenantes, comme se déplacer à Flossenbürg avec sa femme pour obtenir un certificat officiel attestant qu’il avait été emprisonné dans ce camp. Il s’est démarqué, a pris la présidence de l’association des déportés espagnols et a partagé son témoignage dans les établissements scolaires… pour une tragédie qu’il n’a lui-même pas vécu directement.

D’un point de vue historique, il n’y a pas de fautes évidentes, mais certaines simplifications ou lissages peuvent donner l’impression que certains détails importants sont négligés. Cette méthode ne surcharge jamais le récit, mais crée un petit malaise, comme si l’Histoire elle-même cachait quelques façades.

Au final, Marco, l’énigme d’une vie est un film troublant. Il questionne la mémoire, la responsabilité et les complexités d’une existence faussée. Mais plus encore, il nous invite à réfléchir sur notre rapport à la vérité, à l’Histoire et aux histoires que nous choisissons de croire, révélant à quel point la mémoire peut être à la fois libératrice et trompeuse.

ROBART Tahinna, Terminale BASTET

Madame Leporcq, une des animatrices des échanges qui ont suivi la projection…